Matter & Shape 2026
Décryptage
The Dining Room, Charlotte Taylor
Du 6 au 9 mars, MATTER and SHAPE a de nouveau planté ses tentes au cœur du Jardin des Tuileries derrière les installations de PREMIERE CLASSE. En seulement trois ans, le salon s’est imposé comme un rendez-vous immanquable du design parisien.
Scénographie soignée, curation pointue, atmosphère raffinée : tout le grand Paris créatif s’y retrouve en marge de la Fashion Week. Ici, pas de silhouettes modeuses, mais des pièces sculpturales, oscillant entre monumentalité et intimité, délicatesse et puissance. Le salon affirme un engagement pour un design plus éthique, durable et transparent.
Cette année, le salon explorait la question de l’échelle. Une invitation à interroger la taille et la proportion des objets, du micro au macro, mais aussi le rapport au temps, de l’instantané à l’historique.
SPACES WITHIN x Cassetta
Plus que jamais, les filières de la joaillerie, du design et de l’art de la table deviennent poreuses. L’or, l’argent, les alliages précieux remettent le couvert et font dialoguer ces segments avec grâce.
Alors que l’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans le quotidien, les créatifs reviennent à une essence plus primitive, plus proche de la nature et de ce qui précède l’homme. Un parti-pris qui sacralise paradoxalement la main et le geste humain. Retour sur les trois tendances qui ont marqué cette édition.
Uppercut
Sculptures en équilibre
Les designers puisent tous azimuts dans le lexique équilibriste de l’artiste américain Alexander Calder, inventeur des mobiles et stabiles. Serax, Studio Monana et Simon Dupety : chacun à sa façon explore l’art de la composition aérienne.
À gauche : SERAX ; À droite : Medium flower lamp, Simon Dupety
Lauréat du Grand Prix du Jury de la Design Parade Hyères 2025, Simon Dupety imagine une lampe fonctionnelle réalisée en bambou et ponctuée de fleurs en acier inoxydable, qui repose sur un système de traction délicat. Chez Serax, la bouteille en verre se transforme en objet manifeste : sur son sommet, des couverts en acier semblent tenir en acrobatie, maintenus par deux fils métalliques presque invisibles. Dans un registre plus graphique, le studio shanghaïen Monana, nourri par l’artisanat folklorique chinois, compose une structure tubulaire lumineuse autour de laquelle viennent se suspendre des lamelles d’acier, comme mises en mouvement dans l’espace.
Studio Monana
Fleurs néo-baroques
Les designers ont exploré les liens entre nature et artifice à travers une flore théâtrale aux accents baroques. Mais ici, le baroque délaisse la dorure spectaculaire pour convoquer son alter ego plus froid : l’argent et les finitions métalliques.
Cette nature précieuse se déploie sur l’assise Tiny Flowers en acier inoxydable de Maëva Dauriac et Simon Dupetit, sur la patère fleur et la chaise Bloom en aluminium de Conie Vallese, ou encore dans les fleurs ornementales en laiton plaqué argent de Completedworks. Autre expression de ce raffinement métallique : les couverts Spira, conçus entre 1971 et 1980 par l’orfèvre Georg Jensen, sont réédités exclusivement pour Griegst en argent massif. Leurs lignes torsadées, presque sensuelles, évoquent des tiges qui se déploient. Une nature délicatement excessive façonnée par la main.
À gauche : Les couverts Spira, Griegst ; À droite : Chaise Tiny Flowers, Maëva Dauriac x Simon Dupety
Brutalisme primitif
À rebours de la généralisation de l’intelligence artificielle, les designers semblent revenir vers des formes plus organiques, presque primitives. Au cœur de cette réflexion sur l’échelle, le céramiste et designer Abid Javed présentait des luminaires inspirés de la biogenèse des fourmis : une série de lampes morphogénétiques façonnées dans un corps en grès, coiffé d’un abat-jour en porcelaine de Paros.
Dans un registre voisin, la galerie d’art et de collectible design Ark Kollekt, émanation du magazine Ark Journal, jouait elle aussi avec les variations d’échelle à travers une esthétique volontairement archaïque. Le luminaire de Minjae Kim, les sacs dessinés par Carlos Peñafiel pour Lemaire, les objets métalliques du Rooms Studio ou encore une sélection d’art de la table signée Toutia déployaient un vocabulaire de volumes simples et presque totémiques.
Abid Javed
Ark Kollekt
Inspirée par la nature, la collection Scarabei, dévoiée par la marque italienne Giopato & Coombes, évoque le principe de propagation organique, où la répétition et la liberté coexistent, et où l’unicité se fond dans la diversité. Les corps lumineux se déploient comme des éléments vivants, créant un paysage en constante évolution qui fait écho au dynamisme de la nature. Une expérience qui nous invite à percevoir la lumière sous un nouveau jour, révélant son pouvoir de donner vie à la matière et de transformer l’espace.
Scarabei ©Giopato & Coombes