Sous la peau du design
De l'os à l'objet, quand la nature dessine
Depuis longtemps, artistes et créateurs s’approprient le langage de l’archéologie pour observer les restes et vestiges du monde animal. Tri, inventaire, classification et typologie sont autant de modèles issus des sciences naturelles qui deviennent des outils plastiques.
À travers ces processus d’observation et de reconstitution issus des sciences naturelles, les fossiles et fragments d’ossements réapparaissent, révélant des formes oubliées et des structures fondamentales du vivant. Les squelettes des êtres vivants, plus exactement les squelettes de vertébrés sont un immense vivier. Ils expriment la structure profonde des animaux, leur parenté ou leur éloignement dans les classifications naturelles. Dans l’histoire de l’art, la présence de squelettes et de crânes n’est pas nouvelle. Dans les années 1930, Charlotte Perriand collecte des objets trouvés dans la nature: os, rochers, morceaux de bois dont la beauté l’attire. En photographiant ces objets sur un fond neutre, elle en souligne la pureté des lignes, la force des matières et la croyance en une beauté première du monde. Du design aux beaux-arts, ces motifs ont toujours suscité fascination et interprétation. Tour à tour symboles de vanité, de transformation ou de cycle de vie, ils incarnent une réflexion profonde sur la mortalité et la permanence. Dans le champ du bijou, cette iconographie s’est affranchie progressivement de la seule dimension symbolique pour devenir un véritable répertoire formel et structurel. Cette fascination pour les traces, fossiles et les restes enfouis tient avant tout dans sa capacité à reconstituer un imaginaire à partir d’indices parfois infimes. Squelettes, fragments d’os, reliques organiques ou vestiges minéralisés deviennent alors des sources d’inspiration formelle et conceptuelle. En joaillerie comme dans le design, ces éléments créent un dialogue entre le présent et un passé lointain dont nous sommes les héritiers et évoquent la mémoire du vivant, tout en révélant l’ingéniosité structurelle de la nature. Cette esthétique révèle une fascination pour les structures fondamentales du vivant qui se déploie dans plusieurs cahiers du comité francéclat depuis ses débuts. En mettant à nu les architectures internes naturelles, les créateurs dévoilent des systèmes ingénieux où le bijou devient une micro-architecture inspirée du vivant, un fragment d’anatomie réinventé qui relie mémoire du passé, observation scientifique et imagination créative.