Conversation #6 : Réinventer l'héritage
Influenceurs, clientes historiques et ADN de la marque, qu'est-ce qui nourrit l'univers des marques joaillières ?
Comment faire vivre un héritage joaillier tout en l’inscrivant dans son époque ? À l'occasion du Rendez-Vous du Rendez-Vous, une Conversation animée par Marie-Caroline Selmer, journaliste spécialisée dans le luxe, avec Camille Vever, CEO de Vever, et Alexandre Benhamou, directeur général de Copin.
Alexandre Benhamou (Copin), Marie-Caroline Selmer (journaliste) et Camille Vever (Vever)
Faire revivre une maison sans vivre dans le passé
Pour Camille Vever, la transmission est d’abord une histoire personnelle. À 16 ans, un bijou Vever offert par sa grand-mère lui fait prendre conscience de la force de ce patrimoine familial. Des décennies plus tard, elle décide de réveiller cette Maison fondée en 1821 à Metz et mise en sommeil au début des années 1980. L’enjeu est alors de retrouver une identité forte, fidèle à l’histoire de Vever sans se limiter à la réédition de modèles anciens. L’Art nouveau, la nature, la faune, la flore et la figure féminine deviennent les fondements de ce nouvel univers. Avec la directrice artistique Sandrine de Laage, les archives constituent un point de départ pour imaginer de nouvelles créations.
La collection Ginkgo illustre cette démarche : à partir d’un motif végétal déjà présent dans les créations historiques de la Maison, une fleur imaginaire voit le jour. L’histoire nourrit ainsi la création contemporaine sans la contraindre.
De l’atelier à la marque
Le parcours d’Alexandre Benamu est différent. Issu de la finance, il découvre Copin lorsqu’il accompagne la famille propriétaire dans un projet de cession. Il finit par reprendre lui-même cette maison, alors essentiellement connue comme un atelier de sur-mesure, avec 150 ans d’histoire mais peu de codes de marque. Son premier choix : ne pas bouleverser ce qui fonctionne. Il prend le temps de se former, d’observer les équipes et de préserver le savoir-faire artisanal avant d’engager une transformation plus visible de l’identité de Copin.
Le travail d’archives permet ensuite de faire émerger des pièces susceptibles de devenir des signatures. La 82, créée en 1982, est ainsi devenue l’une des pièces emblématiques de la maison, tandis que la Dune, une chevalière ouverte, a été retravaillée et déclinée en différentes pierres et coloris. L’objectif n’est pas de reproduire le passé, mais d’identifier ce qui peut encore résonner aujourd’hui.
En conclusion
Les parcours de Vever et de Copin montrent que faire vivre un héritage ne consiste pas à reproduire le passé, mais à en révéler le potentiel pour créer aujourd’hui. Préserver les savoir-faire, réinterpréter les archives et construire une identité de marque singulière sont autant de leviers pour inscrire une maison dans son époque. Car un patrimoine ne reste vivant que s’il continue d’inspirer la création et de susciter le désir.