Quand le médiéval fictionne le réel
Theodora Allen
Deux expositions, voisines l'une de l'autre, ont fait dialoguer l’imaginaire médiéval avec les figures héroïques de la fantasy contemporaine.
Au FRAC île de France et dans les réserves de Romainville, "Berserk & Pyrrhia – Art contemporain et art médiéval"met en lumière la circulation des symboles, motifs et mythes du Moyen Âge jusqu’à la création artistique la plus actuelle. Le titre de l’exposition croise deux références : "Berserk", le nom d’un guerrier légendaire issu des mythologies nordiques et germaniques, et "Pyrrhia", papillon devenu toponyme d’une île imaginaire dans la série jeunesse Les Royaumes de Feude Tui T. Sutherland. Autant de signes que l’iconographie médiévale continuent d’irriguer les univers de la pop culture, de l’art contemporain et du design. Dans les œuvres exposées, le retour à la terre, les paraboles magiques, les animaux fabuleux, les forêts hantées ou les insectes maléfiques deviennent autant de projections, d’angoisses ou de fantasmes, à l’heure d’un monde en mutation. L’Apocalypse, motif récurrent de l’art médiéval et sujet d’une autre exposition majeure à la BNF, est également convoquée, avec son bestiaire monstrueux qui semble résonner étrangement avec nos propres inquiétudes. L’univers visuel de la fantasy moyenâgeuse — si prégnant dans les jeux vidéo, les séries ou les livres — semble désormais infuser les pratiques d’une génération de créateurs pour qui cette esthétique anachronique devient un outil de réinvention du futur. Car s’il y a un engouement actuel pour le Moyen Âge, c’est sans doute parce que cette période permet de porter un regard oblique sur la nature, le vivant et la spiritualité, en rupture avec les récits dominants.