Vernaculaire numérique
Longtemps cantonnées aux forums, aux blogs et aux communautés de niche, les formes vernaculaires du web (pixels, accumulation, remix, interfaces bricolées, typographies pauvres ou mascottes absurdes) quittent aujourd’hui l’écran pour investir l’édition, la scénographie, le design d’objet, le bijou et la création de mode. Plus qu’un retour nostalgique à MySpace ou GeoCities, c’est une manière de concevoir qui migre : les designers n’empruntent plus seulement l’apparence du web des débuts, mais ses logiques de navigation non linéaire, de systèmes ouverts, d’accumulation, de personnalisation et de remix. Notons, pour commencer, l’émergence de l’esthétique dite ugly web, qui ne célèbre pas le mauvais goût mais se constitue en réaction à des années d’interfaces parfaitement lissées et standardisées : curseurs personnalisés, boutons 3D, pixels, dithering, pages 404 ludiques réintroduisent de la surprise dans des environnements devenus prévisibles.