Le bijou, nouvel objet de collection
Résumé de la Conversation du Rendez-Vous - Samedi 3 octobre
Vous n'étiez pas présent à cette rencontre du Rendez-Vous ? Pas de panique, on vous résumé tout. Une Conversation animée par Marie-Caroline Selmer, journaliste luxe et auteure de la newsletter Jewelry Stories, avec Magali Teisseire, directrice de département joaillerie et montres de Sotheby's France
Longtemps associé aux maisons de ventes et à un public d’initiés, le marché de la joaillerie de seconde main s’est largement ouvert ces dernières années. Lors du Rendez-Vous de Francéclat, Magali Teisseire, directrice de département Joaillerie et Montres chez Sotheby's France, a partagé les coulisses de ce marché en pleine évolution : digitalisation, nouveaux profils d’acheteurs, importance croissante des signatures et place de l’expertise.
Un marché devenu plus accessible
Une pièce de joaillerie entre dans le marché de la seconde main dès lors qu’elle passe du premier acheteur à une main privée. Aujourd’hui, les plateformes digitales ont profondément changé l’accès à ces pièces. Là où il fallait autrefois se déplacer en salle des ventes et attendre de recevoir un catalogue, il est désormais possible de consulter les lots, demander des photographies, des vidéos ou des rapports de condition à tout moment.
Cette ouverture a aussi contribué à former de nouveaux acheteurs, plus informés et plus internationaux. Sotheby’s observe notamment un rajeunissement de sa clientèle, avec des primo-acheteurs autour de 30 ans, tandis que les montants plus élevés attirent naturellement une clientèle plus âgée.
Le plaisir d’acheter, mais avec des garanties
État du bijou, qualité des pierres, époque, signature : les acheteurs veulent savoir précisément ce qu’ils achètent. La signature joue notamment un rôle de plus en plus important. Elle constitue un gage de qualité, mais aussi un élément de sécurité dans la perspective d’une éventuelle revente.
Cette exigence explique aussi le rôle central de l’expertise. Alors que les acheteurs arrivent parfois avec leurs propres recherches, voire une première analyse réalisée avec l’intelligence artificielle, l’expérience du spécialiste reste difficile à remplacer. La connaissance des matières, des savoir-faire et des détails techniques repose aussi sur un « œil » construit au fil des années et des objets observés, ce en quoi les consommateurs continuent d'avoir confiance.
Des goûts qui évoluent avec les époques
Le marché de la seconde main n’échappe pas aux cycles de la mode. Après l’Art nouveau et l’Art déco, les années 60, 70 et désormais 80 suscitent un intérêt croissant, notamment auprès des générations plus jeunes.
Au-delà des pierres et des métaux, la valeur d’un bijou peut aussi résider dans son histoire, sa provenance ou sa dimension sentimentale. Parmi les pièces qui ont marqué Magali Teisseire, figurent ainsi une petite bague ayant appartenu à Marie-Antoinette ou encore un objet en ivoire devenu une pièce de collection majeure. Des exemples qui montrent que, sur le marché de la seconde main, la valeur ne se résume pas toujours à celle des matériaux.
Entre patrimoine et nouveaux imaginaires
Pour les maisons de ventes, cette évolution ouvre également de nouvelles façons de raconter les bijoux. Expositions, collaborations avec des créateurs contemporains, conférences ou dispositifs de storytelling permettent de créer un dialogue entre patrimoine et création actuelle.
Le marché de la seconde main devient ainsi bien plus qu’un espace de revente : c'est un lieu où se rencontrent histoire, savoir-faire, désir et nouveaux usages du bijou. Et où l’expertise reste, malgré la digitalisation, au cœur de la relation avec les acheteurs.